Nous avons le plaisir de vous présenter une note d’orientation rédigée par Ahmed Yousuf Abdi, étudiant actuellement inscrit au programme SPIBES Afrique de l’Est. Intitulée Changement climatique, conservation de la biodiversité et moyens de subsistance : évaluation des mesures d’adaptation locales et des réponses politiques dans la forêt de Geed Deeble, au Somaliland, cette note a été rédigée dans le cadre de son mémoire de master et présente ses propres conclusions et recommandations.
À propos de la note
La réserve forestière de Geed Deeble, située à environ 25 km au nord de Hargeisa, dans les hauts plateaux semi-arides du centre du nord du Somaliland, s’étend sur près de 5 868 hectares et constitue un bassin versant essentiel ainsi qu’un haut lieu de biodiversité. La forêt assure directement les moyens de subsistance des communautés agro-pastorales, des agriculteurs et des journaliers. Cependant, la hausse des températures, les sécheresses prolongées, les précipitations irrégulières et la dégradation croissante de l’environnement menacent à la fois l’intégrité écologique de la forêt et les communautés qui en dépendent. La note d’Ahmed examine ces pressions, évalue les stratégies d’adaptation locales et identifie les lacunes des réponses politiques existantes.
Principales conclusions
Les recherches d’Ahmed ont combiné une analyse de l’indice NDVI sur 24 ans, réalisée à partir d’images satellites Landsat, avec des enquêtes auprès de 130 ménages répartis en trois groupes de moyens de subsistance — éleveurs, agro-éleveurs et ménages sédentaires —, ainsi que des discussions de groupe et des entretiens avec des informateurs clés. Les données écologiques montrent une augmentation significative de la verdure de la végétation au cours de la période étudiée, les valeurs moyennes de l’indice NDVI passant de 0,113 en 2000 à 0,201 en 2024, tandis que la superficie des terres nues ou dégradées a diminué de 93,89 % à 10,75 %. Toutefois, ces améliorations doivent être interprétées avec prudence : la végétation modérée et dense ne représentait que 3,34 % du paysage en 2024, et une partie du verdissement observé pourrait refléter la propagation de l’espèce envahissante Prosopis juliflora plutôt qu’une véritable régénération forestière.
Le tableau socio-économique est tout aussi préoccupant. Près de la moitié des personnes interrogées, soit 48,46 %, ont déclaré qu’aucune mesure de conservation n’avait été mise en œuvre dans leur communauté, et 69,23 % ont estimé que les mesures existantes avaient une efficacité faible ou très faible. Les impacts climatiques variaient selon les groupes de moyens de subsistance : les agro-éleveurs ont connu les taux de mauvaises récoltes les plus élevés (40,8 %) et les éleveurs ont subi les pertes de bétail les plus importantes (39,2 %). Dans l’ensemble des groupes, 73,1 % ont signalé un déclin des ressources de subsistance liées à la forêt, et 36,9 % ont eu recours à la migration comme stratégie d’adaptation. L’implication des jeunes dans la prise de décision environnementale était remarquablement faible, 76,92 % des personnes interrogées indiquant une absence totale de participation des jeunes — ce qui constitue une lacune importante en matière de gouvernance.
Recommandations
Sur la base de ses conclusions, Ahmed préconise des approches d’adaptation communautaires combinant les savoirs locaux et les pratiques traditionnelles de conservation, notamment le système traditionnel seero d’aires communautaires protégées, avec des méthodes scientifiques. Il recommande d’améliorer l’accès aux informations climatiques, de donner la priorité à la lutte contre le Prosopis juliflora et à la restauration de la végétation indigène, et d’étendre le suivi écologique et socio-économique à long terme à l’aide de la télédétection. Il appelle également à l’intégration formelle des systèmes traditionnels de conservation dans les cadres de gouvernance.
Vous pouvez télécharger ci-dessous la note d’orientation complète d’Ahmed (en anglais uniquement) :































