Nous avons le plaisir de vous présenter une note d’orientation rédigée par Irene Mbuthye Mwendwa, actuellement étudiante au sein du programme SPIBES Afrique de l’Est. Intitulée Évaluation des effets écologiques et socio-économiques de la restauration des zones humides sur la pêche artisanale à Watamu, au Kenya, cette note a été rédigée dans le cadre de ses recherches de master et présente ses propres conclusions et recommandations.
À propos de la note
La pêche artisanale assure la subsistance de plus de 27 000 pêcheurs actifs au Kenya, et dans des communautés comme Watamu, 60 % des ménages dépendent de la pêche artisanale pour leurs revenus. Pourtant, les stocks de poissons ne cessent de diminuer, menaçant la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance des populations côtières. En réponse, le gouvernement kenyan a restauré plus de 8 000 hectares de mangroves le long de la côte dans le cadre du Plan national de gestion des écosystèmes de mangroves 2017-2027. La note d’Irene pose une question cruciale : quels sont les effets écologiques et socio-économiques réels de cette restauration sur les communautés de pêcheurs ?
Principales conclusions
Les recherches d’Irene ont comparé les sites restaurés de Mida et Dabaso à un site non restauré à Magangani, en utilisant 30 transects en ceinture pour les données écologiques et des entretiens avec 50 pêcheurs artisanaux et 27 informateurs clés. Les sites restaurés présentaient des densités de tiges de mangrove nettement plus élevées — respectivement 4 600 et 4 100 tiges par hectare — contre seulement 2 300 tiges par hectare sur le site non restauré. Les pêcheurs ont signalé une abondance accrue de plusieurs espèces, notamment le tilapia, le vivaneau des mangroves, le poisson-perroquet, le calmar et le poisson-chat depuis le début de la restauration, et 76 % des personnes interrogées ont déclaré que les mangroves jouaient un rôle majeur dans la subsistance de leur famille.
Cependant, la situation n’est pas aussi simple. L’analyse statistique a confirmé une baisse significative des prises moyennes de 6,52 kg par sortie de pêche sur trois ans, due à une pression de pêche régionale soutenue. L’analyse de régression a montré une association positive mais modeste entre la restauration des mangroves et la résilience des moyens de subsistance, le modèle n’expliquant que 8,9 % de la variation des résultats en matière de moyens de subsistance — ce qui suggère que la restauration seule ne peut pas compenser entièrement les pressions structurelles auxquelles sont confrontées les communautés de pêcheurs.
Recommandations
Sur la base de ses conclusions, Irene préconise la mise en place de programmes ciblés de diversification des moyens de subsistance dans les communautés défavorisées, englobant l’aquaculture, l’écotourisme, l’apiculture dans les mangroves et la transformation du poisson. Elle recommande de donner la priorité à Avicennia marina en tant qu’espèce de mangrove résiliente pour la restauration, compte tenu de sa résistance à la colonisation par les balanes par rapport à Rhizophora mucronata. Elle préconise également un renforcement de la sensibilisation des communautés aux liens entre les mangroves et la pêche, ainsi que des investissements dans la recherche à long terme afin de mieux comprendre l’évolution de la relation entre la restauration et les résultats des ménages de pêcheurs.
Vous pouvez télécharger la note d’orientation complète d’Irene ci-dessous (en anglais uniquement) :































